
Pseudostrobile
Boucles d’oreilles, baguette de tourmaline, électrodisposition et dorure sur végétaux.
Chez l’ostryer à feuilles de charme, l’infrutescence (l’ensemble des fruits issus de fleurs femelles) ressemble à un petit cône, semblable à du houblon ou une petite pomme de pin un peu molle. Les chatons mâles, eux, forment de minuscules grappes qui, une fois libérés de leur pollen, sèchent en grains oblongs parés d’écailles.
Ces deux organes sexuées, sur le même arbre, rappellent les formes que l’imaginaire collectif attribue aux conifères.
C’est peut-être pour ça que j’ai logé dans ce bois cette aiguille couleur sapin.
Ainsi composée, cette parure qui se joue de toute rigueur scientifique, rassure mes constructions simplifiées. J’aurais formé des bijoux inspirés des pins : baguettes de tourmaline et cônes dorés.
Quand il s’agit du vivant, nos présupposés oscillent entre histoires et vérités qu’on se raconte. Beaucoup affirment que la tomate est un fruit, sans trop savoir pourquoi, et rares sont ceux qui savent qu’un légume ne décrit aucune catégorie végétale, mais une évolution du langage de la cuisine.
La science, parfois, encombre nos représentations. Car il est plus simple de faire des catégories d’ingrédients à confiture ou non, que d’identifier les structures dont le rôle est de protéger et d’assurer la diffusion des graines.
Il est plus simple d’associer « ce qui ressemble à » , « ce qui goûte comme », que » ce qui fonctionne ainsi ». Cette œuvre illustre ce biais.
J’ai inventé un emballage attractif, des étiquettes berçant nos certitudes.
J’ai déguisé les fleurs mâles d’une espèce, en strobile de graines d’une autre. C’est un fardeau à expliquer, et je le justifie parce que son résultat m’a rassuré. J’ai sculpté une légende miniature, il faudrait à présent que je la romance.

